Tweetlive ! Quand les intervenantes du meet-up  » jeu et égalité des genres  » se prêtent au jeu des questions-réponses en live!

A la suite du meet-up consacré au jeu et à l’égalité des genres, vous étiez plusieurs à avoir encore des questions. Le 13 février, l’équipe de Game in Lab a interagi avec les intervenantes qui ont eu la gentillesse de répondre à vos questions posées en live sur Twitter. Merci encore à Valentine de Lasteyrie, Ines Slim et Virginie Tacq pour leur générosité !

Est-ce que vous vous sentez plutôt artiste, artisane, autrice, game designers et pourquoi ?

Ines : Difficile de poser un mot là-dessus ! Je dirais autrice dans le sens où j’ai créé une idée, un concept. Mais tout le process s’est fait à plusieurs, avec l’aide des testeur•euse•s, des graphistes, etc. Un projet collectif donc !

Valentine : Plutôt entrepreneuse en raison de la nécessité d’être tout ça à la fois !

Virginie : oui un peu tout aussi. Autrice pour moi c’est vraiment pour la création « ex nihilo ». Plus game designeuse quand j’adapte/crée des jeux pour du jouer éducatif volontaire. Entrepreneuse plutôt avec ma conférence gesticulée et mes activités avec @Ludilab_

Ines : En écoutant ta définition je reviens alors sur ma réponse pour dire plutôt game designeuse aussi alors !

  •  Est-ce que vous avez eu l’impression d’apprendre quelque chose de nouveau à la table ronde ?

Valentine : Je n’avais pas suffisamment conscience qu’il existait une véritable « aristocratie » du jeu séparant les « gros » (ou « vrais ») joueurs des autres perçus comme dilettantes !  Il existe un dilettantisme du jeu… alors qu’on pourrait penser qu’il s’agit d’un oxymore !

Virginie : Ça colle pas mal à mon expérience personnelle et cela a été mis en évidence par une enquête du master 2 Sciences du jeu de Sorbonne Paris Nord (ex Paris XIII) en 2016 je crois donc que j’avais une bonne vue dessus 🙂

Ines : J’avais peu eu d’interactions avec le milieu du jeu de société, à part quelque unes plutôt négatives à la sortie de mon jeu. Ce meet-up m’a permis de voir un autre aspect de la communauté, beaucoup plus ouvert à la discussion sur le sexisme et aux évolutions possibles. Merci à vous !

  • Si vous aviez 3 principes à suivre pour faire des jeux féministes, ce serait quoi ?

Virginie : Impliquer des femmes et des minorités (le féminisme seul ne vaut rien) dans le processus 2) Ne pas calibrer l’oeuvre pour l’industrie 3) Oser se mettre en posture de créatrice

Ines : Inclure les femmes dans le process de création 2) inclure LES femmes signifie davantage de diversité de profils et donc d’expériences à prendre en compte 3) all of the above

Valentine : 1) neurosciences 2) éviter l’idéologie 3) avoir de l’ambition

  • Avez-vous observé une problématique spécifique au monde du jeu de société vis à vis de la place des femmes ? (Pas le harcèlement ou les écarts de salaire par exemple, qui sont -malheureusement- généralisés à la plupart des milieux pro)

Valentine : Non, je ne crois pas que le jeu se démarque particulièrement. Si ce n’est que son présupposé ludique laisse imaginer une universalité pourtant inexistante. Le milieu du jeu cache bien son jeu 😉

Ines : Comme Valentine, je pense que les mêmes rapports de force qui existent partout sont reproduits dans ce milieu. Peut être juste plus de résistance à avoir certaines discussions dites « politiques » car une croyance est que le jeu serait neutre & hors des problématiques sociétales.

  • Est-il + souhaitable de se concentrer sur l’édition de jeux à thèmes parlant plus aux femmes telles qu’elles sont socialisées (- de violence, couleurs pastels), ou bien de rendre des jeux à thématiques (genrées ou non) plus inclusifs par d’autres moyens?

Valentine : Très honnêtement, scientifiquement les deux se défendent en termes d’impact. C’est une question de posture et de convictions personnelles… et surtout c’est une question d’objectif qui est recherchée !

Ines : Pareil ! Je pense qu’il faut avancer sur tous les fronts. Tant que l’ensemble des jeux ne sera pas conçu dans une optique non-genrée & non-oppressive, il y aura besoin de jeux qui ciblent les minorités en premier.

Virginie : Faut-il vraiment se concentrer sur un front en particulier ? Vu le travail à accomplir, il faut je pense avancer sur tout.

  •  Le jeu est-il + efficace en tant que représentation égalitaire, ou bien en tant que levier de lutte (avec un déséquilibre voulu en faveur de la représentation féminine pour rétablir un équilibre de genre plus global ?)

Valentine : Une fameuse et insoluble question de l’affirmative action… Chacun là-dessus a son idéologie (au sens où j’entends très rarement d’argumentaire scientifiquement étayé sur le sujet). A titre personnel je pense que cela dépend là encore de l’objectif d’impact précis. Par exemple si tu décides de travailler sur la représentation des role-models, alors sur-pondérer les femmes aura un sens. Il faut essayer de circonscrire l’objectif recherché du côté du bénéficiaire.

Ines : Tout dépend de l’objectif du jeu. Pour rééquilibrer la sous-représentation des femmes il est utile d’avoir des jeux avec une sur-présence de celles-ci (difficile de ne pas défendre cette position vue que c’est celle que j’ai choisi pour Bad Bitches Only). Sinon en général éviter l’effet « token » avec 1 seul personnage femme qui ne donne pas aux joueuses le choix et la diversité nécessaire. Dans l’industrie, arriver à 50/50 serait l’objectif mais on est bien loin

Virginie : L’impact sur un seul jeu est ridicule en fait (je ne parle pas de buzz). Il faut pour moi une politique volontariste de représentations égalitaire des « minorités » globale. Comme ce niveau risque fort de rester au niveau éditorial, je dirais par maison d’édition. Mais pas des jeux non mixtes dont les personnages seront in fine équilibrés en nombre. Je veux dire que si une fois, il y a 3 filles et 2 garçons et vice versa, ce n’est pas forcément problématique.

  • Au final pensez-vous qu’une héroïne type Lara Croft ait servi positivement les femmes dans l’univers très masculin du jeu vidéo?

Valentine : J’ai énormément de mal à ne pas trouver préjudiciable pour la cause féminine des héroïnes aux physiques surnaturels et stéréotypés en fonction des codes du désir masculin à une période donnée.

Ines : Elle a au moins le mérite d’exister, certes hyper sexualisée, mais je pense que bon nombre de femmes ont pu s’identifier au jeu grâce à elle. Mais bon, on revient sur un plus grand débat : vaut-il mieux une mauvaise représentation que pas de représentation du tout ?

Virginie : Le documentaire « Les filles aux manettes », traite bien de cette ambivalence dans un de ses épisodes. Le Jeu Vidéo à ce moment était très fermé et cela a apparemment, permis à un certain nombre de filles de s’y mettre malgré le calibrage masculin. Pourtant, fatalement, je préfère des représentations non sexualisées.

Pour suivre les intervenantes, rendez-vous sur Twitter !

Valentine de Lasteyrie : @VaaalC
Ines Slim : @playgendergames

Virginie Tacq : @Vitaminette