Playing with translation : translanguaging role-playing games in Colombia in the 1990s par Enrique Uribe-Jongbloed

Chers lecteurs, voici un nouvel article de veille résumé pour vous. Il est consacré à l’essor du jeu de rôle dans les années 1990-2000 en Colombie. Bonne lecture et belle fin d’été à tous !

Pour découvrir l’article dans son intégralité, c’est ici : http://analoggamestudies.org/2020/03/playing-with-translation-translanguaging-role-playing-games-in-colombia-in-the-1990s/

L’auteur de l’article, Enrique Uribe-Jongloed, raconte comment à l’âge de 13 ans, en 1992, il avait pour habitude de passer le week-end chez des amis à 45 minutes de Bogota. Ces derniers s’amusaient à lire le manuel du joueur, le célèbre Player’s Handbook, pour apprendre la bonne façon de jouer. Une fois les règles saisies, ils créaient des personnages pour jouer. Souvent, ils devaient vérifier dans le dictionnaire. Se trompant dans leur traduction à plusieurs reprises, les amis essayèrent de jouer en fonction de leur traduction. C’est grâce à ce livret qu’ils purent acquérir leurs premières notions d’anglais.

Cette anecdote vécue durant l’adolescence de l’auteur vise à faire émerger un problème alors commun au début de l’existence des jeux de rôle dans les années 1990 en Colombie. Leur première approche de la langue anglaise fut abordée via Donjons et Dragons. L’auteur connaissait ce jeu grâce à des figurines. Lui, son frère et son cousin traduisirent les règles du célèbre jeu de rôle et ce, avant la diffusion en Colombie de l’émission consacrée à Donjons et Dragons. Ce n’est que plus tard en 1992, qu’un ami apporta le fameux Player’s Handbook de Donjons et Dragons et un jeu de dés. Débutant l’apprentissage de l’anglais au collège, les jeunes adolescents passèrent des heures à traduire ce manuel surtout que les cours d’anglais à l’école n’excédaient alors pas 2 heures par semaine.

Un an après, ils étaient devenus des joueurs réguliers malgré une traduction plus que folklorique. Cette anecdote familiale traduit en réalité une tendance des sud-américains à l’époque à se plonger dans la culture américaine par goût du jeu de rôle. Certains racontèrent même avoir appris l’anglais uniquement pour pouvoir jouer à Donjons et Dragons. Ces joueurs qui s’appliquaient à traduire les règles du jeu à leurs confrères hispanophones, étaient, selon l’auteur, « des alchimistes capables de transformer les informations comprises en règles du jeu ». Certains se retrouvaient dans des clubs. Ce problème de traduction transversale existait dans l’autres langues, un Allemand exposait par exemple sur un forum ses difficultés à traduire les règles de Donjons et Dragons.

L’essor des jeux de rôle en Colombie s’est produit dans les années 1990 en même temps que le développement urbain. Des espaces dédiés aux jeux étaient créés.

D’abord, ce fut la Libreria Francesa, librairie répondant à la culture dite nerd montante dans la ville. Elle distribuait les principaux jeux de rôle de l’époque, des BD, des fantasy, en anglais ou français, des dés, des figurines.

Une succursale ouvrit rapidement et fut baptisée Hobby center. Il s’agissait d’un lieu d’achat de matériel mais aussi pour les joueurs, the place to be, pour échanger entre geeks dont les pratiquants de jeux de rôle faisaient entièrement partie. Cependant, ces lieux manquaient d’espace pour permettre à des groupes de joueurs de se réunir. Les habitués décidèrent alors de créer leur propre espace de rencontre et Trollhattan – premier club de jeux de rôle – vit le jour en 1994. Il s’était installé dans un vieux moulin dans le centre de la ville ; en journée, c’était un restaurant qui ouvrait nuit entière et week-end pour les joueurs. En échange d’une maigre cotisation, ils pouvaient acheter des collations et boissons sans alcool. A son apogée, 200 joueurs s’y retrouvaient chaque soir. Le club déménagea dans un quartier résidentiel de Bogota et ferma ses portes en 1997, il marqua quand même toute une génération de joueurs.

Rapidement un nouveau lieu de jeu fut créé : Camelot Millenium. Ce lieu apparut en même temps que les guildes étudiantes. Avathor, club local de jeux de rôle de la Faculté des arts de l’université de Colombie, accueillait les étudiants le jour, le Camelot la nuit. En 1998, le Camelot Millenium fut reconnu comme le seul lieu public dédié à la pratique du jeu de rôle à Bogota à une époque où l’attrait pour ce type de jeu était le plus grand. Cependant, le club ne parvint pas à durer dans le temps et au début des années 2000, seules les guildes restaient actives.

Le 22 février 2001, le club Escrol ouvrit ses portes, et avait été créé par des anciens joueurs du Trollhattan. des tournois de RISK, de jeux de rôle ou de cartes comme Magic s’y déroulaient, dans un quartier huppé de Bogota. Le club ferma en 2007 mais marqua son époque aussi surtout qu’il fut le premier à mélanger différents types de jeux.

Ces quatre lieux de rassemblement – Libreria Francesa, Trollhattan, Escrol et Camelot – furent fondamentaux pour l’essor du jeu de rôle en Colombie. Beaucoup apprirent le jeu de rôle à la Libreria Francesa. Ces lieux étaient pertinents pour deux raisons : d’abord, ils étaient situés à proximité des universités ou de quartiers de la classe moyenne supérieure attestant de diplômes souvent nécessaires pour faire partie de cette communauté bilingue. Aussi, ils représentaient des espaces d’élitisme culturel.

La Colombie dispose d’un faible pourcentage de diplômés pourtant ceux qui répondirent à l’enquête de l’auteur, sur un panel de 60 personnes, 28 d’entre eux étaient titulaires d’un doctorat ou d’un Master, 30 d’une licence et 2 d’un diplôme du secondaire. Ce petit échantillon empêche de supposer une corrélation directe entre jeux de rôle et études supérieures mais ouvre une piste de recherche intéressante. Les efforts universitaires susciteraient-ils un intérêt plus marqué pour le jeu de rôle ? Ou serait-ce l’inverse ? A creuser !

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