Entretien avec Michaël Freudenthal – doctorant CIFRE Game in Lab 2021

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À la suite de Léa Martinez en 2020, Michael Freudenthal est lauréat de la deuxième bourse CIFRE Game in Lab, sélectionnée chaque année par l’équipe et le Conseil Scientifique. Nous lui avons demandé de répondre à quelques-unes de nos questions.

Peux-tu nous parler de ton parcours ? Ce que tu as fait avant de te lancer dans la recherche ?

Bonne question puisque j’ai eu deux carrières avant la recherche !

J’ai d’abord travaillé dans la communication web et réseaux sociaux, en agence. C’était surtout de la stratégie de communication et de la gestion de projet pour des grandes entreprises.

Un peu plus tard, je suis devenue game designer. J’avais développé des compétences en pédagogie et en conception de jeu. Ça m’a permis de rejoindre le GameLab du CRI à l’Université de Paris, où j’ai participé à la création de jeux sérieux en tous genres (réalité virtuelle, escape game, jeu de société…).

J’avais déjà commencé à participer à des événements scientifiques et même à écrire de la recherche, ça m’a incité à reprendre mes études pour participer au Master de recherche Sciences du jeu de l’université Sorbonne Paris Nord. Pour continuer dans la recherche, j’ai postulé à la CIFRE Game in Lab en 2020. Mon projet n’a pas été retenu, mais celui de 2021 était le bon !

 

Peux-tu nous parler du sujet de ta thèse ?

Difficile de m’en empêcher. Ma thèse porte sur les apprentissages autour de la pratique du jeu de société en loisir. C’est donc une thèse en Sciences de l’Éducation, qui passe par de la sociologie et de
l’anthropologie.

Mon but est d’observer ce qu’on y apprend, par exemple les règles du jeu, les règles maisons, le contenu du jeu (que ce soit de l’Histoire ou juste le lore, l’univers du jeu), mais aussi d’autres apprentissages comme des compétences sociales ou émotionnelles.

Ça poursuit le travail que j’ai fait en mémoire de master recherche sur le jeu de rôle grandeur nature Legion: a Siberian Story, mais aussi des travaux précédents comme ceux de Vincent Berry sur les MMORPG ou de Aymeric Brody sur le poker amateur.

Dans leur lignée, ma recherche se fait entre autres par la participation aux pratiques que j’observe, par des entretiens semi-directifs qui reprennent une méthode existante pour faciliter la découverte d’apprentissages tacites, et en m’appuyant sur l’analyse des dispositifs de jeux eux-mêmes.

C’est un projet qui me semble original, notamment parce qu’il va se concentrer sur des jeux de société avec une forte fiction, et sur l’influence de cette fiction sur la participation et l’apprentissage.

 

Justement, peux-tu élaborer sur le type de jeux que tu vas étudier  ?

Pas un seul type mais justement la comparaison un panel de jeux variés. Ils sont différents à la fois dans leur rapport à la fiction, dans la mobilisation du corps, dans les populations qui y jouent, dans leurs mécaniques, et dans d’autres critères.

Les deux premiers jeux de société sont ceux pour lesquels j’ai déjà collecté des données et commencé l’analyse, donc Legion d’une part, et l’expérience immersive The Live Thriller que j’ai étudiée avec Marine Monnier durant le master.

Les deux derniers jeux de société devront moins mobiliser le corps et s’adresser à un public plus large, tout en ayant toujours un rapport fort à la fiction. Je pense déjà à certains jeux de société plus classiques et populaires comme Les Loups-Garous de Thiercelieux ou Arkham Horror LCG mais c’est en cours d’étude – je suis d’ailleurs à l’écoute de toute recommandation.

 

Et pour la temporalité du projet ? As-tu prévu de grandes étapes ?

Avec ce type de recherche, il y a des porosités entre les moments d’observation et d’analyse, et des outils pour prendre plus de recul réflexif.
Mais il y a de grandes étapes. Actuellement, je me rends sur de possibles terrains d’étude, ça alimente mes réflexions et ma liste de jeux potentiels. Donc je participe déjà aux communautés que je vais observer.

En même temps, je fais un état de l’art de mon sujet. Et plus tard ce seront les étapes de recueil de données, de conception et d’adaptation continue de la méthodologie, et d’analyse. Tout ça jalonné de publications et de moments de partage avec les communautés scientifiques, notamment via Game in Lab.

 

Merci Michael, pour tes réponses, nous te souhaite le meilleur pour tes recherches.

 
En savoir plus sur le projet « Jeux et Apprentissage informel ».